Centrafrique : histoire et géographie


GEOGRAPHIE

La République centrafricaine (RCA), 623 000 km2, est très enclavée au cœur du continent africain. Elle partage une frontière avec 5 pays : le Tchad au nord, le Soudan à l’Est, le Congo (Brazzaville) et la République du Congo au sud et enfin à l’ouest le Cameroun.

HISTOIRE

Quasi désert jusqu’au milieu du XIXe siècle, le territoire était uniquement peuplé de tribus pygmées en zones forestières.

Dans les années 1850, se sont installées des populations venues du sud des actuels Tchad et Soudan, ainsi que du Congo qui ont fui des raids esclavagistes. Les Français ont ensuite installé leur tutelle coloniale au début du XXe siècle sur ces terres dont le nom était à l’époque Oubangui-Chari.

Le 1er décembre 1958, la République Centrafricaine indépendante est proclamée. Elle ne sera effective que le 13 août 1960.

Les présidents : le plus connu est sans conteste Jean-Bedel Bokassa (66-79) qui se nomme président à vie puis empereur, il sera ensuite condamné à mort par contumace, David Dacko (79-81) lui succède, puis André Kolingba (81-93),  Ange Patassé (93-2003), et aujourd’hui François Bozize (2003).

De nombreux coups d’état ont jalonné chaque changement de présidence ainsi que de nombreuses mutineries.

Le pays fait partie de ces « Etats fragiles », dont la faiblesse concerne tous les secteurs : politique, sécuritaire, humanitaire, financier et économique.

LANGUE

Le sango est la langue nationale et le français la langue officielle.

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Abolition de l’esclavage
Traite des Noirs :

Au nom du Roi, de la Loi, de la Justice,
On fait savoir à tous ceux qu’il appartiendra, que le dimanche 26 du courant, sur la place du marché bourg de St Esprit, il sera procédé à la vente aux enchères publiques de :
L’esclave Suzanne, négresse, âgée d’environ quarante ans, avec ses six enfants de treize, onze, huit, sept, six et trois ans.
Provenant de saisie exécution. Payable comptant.

Bourg du Marché St Esprit
(Ile de la Martinique)

.

Un anglais vendant sa maîtresse (à gauche); à droite : images de 2 femmes dont l’une avec poignets liés et l’autre en « liberté »

Des millions, 50, 60, 100 millions… de nègres, arrière-petits-fils d’innombrables Suzanne, africains vendus comme elle, au cours du grand mouvement de personnes déplacées qu’ait connu l’Histoire, vivent aujourd’hui en Amérique et dans la Caraïbe.
L’anéantissement des Indiens par la colonisation espagnole des Iles de l’Amérique imposa la recherche de la main-d’oeuvre indispensable à l’exploitation des nouveaux territoires : la guerre et l’esclavage africain apportent la solution.
L’esclavage de chrétien à chrétien ayant cessé en Europe au XIIIe siècle, le servage se substituait à lui depuis le Xe siècle. L’Espagne, en guerre et en contacts constants avec les Maures (le Maroc), pratique encore le commerce des esclaves ruraux ou domestiques, ainsi que celui des hérétiques.
C’est Barthélémy de Las Casas l’évêque sévillan de Chiapa au Mexique qui lance la première idée de déportation de nègres vers les Indes Occidentales. Apôtre de la charité, il s’érige contre le théologien Sépulveda, l’historiographe de Charles-Quint, le Tite-Live espagnol, qui soutien que l’on doit exterminer quiconque refuse d’embrasser la religion chrétienne. Après ses consultations avec le pape Léon X, Las Casas prône l’introduction en Amérique de nègres esclaves, puisqu’ils ne sont pas chrétiens.
1502 : L’Espagne assure par ses propres moyens le transfert des noirs d’Afrique jusqu’à ses territoires du Nouveau Monde.
1517 : L’insuffisance de la flotte incite Charles-Quint à céder une partie de ce transport aux Provinces-Unies. En tant que marchandise, le nègre ne devait être chargé que sur des bateaux castillans, et c’est une des premières dérogations apportées à l’exigeant monopole espagnol. La faveur faite aux Pays-Bas ne porte que sur 4 000 têtes.
La W.I.C. (Compagnie hollandaise, des Indes Occidentales) s’arroge bientôt le monopole de la traite pour le compte des Espagnols.
Le gouvernement de Louis XIV dans ses efforts pour compenser le marasme économique apporte tout son appui à la Compagnie des Indes, aux manufactures et aux différents monopoles qui servent sa politique de dumping. La filiale française, Compagnie du Sénégal et plus tard la Compagnie de Guinée deviennent concessionnaires de l’assiento, et peu à peu s’en libèrent.

L’assiento (contrat) permit à la Compagnie hollandaise de traiter principalement à partir de Gorée (à l’entrée de Dakar) et surtout de San Jorge del Mina (Elmina aujourd’hui dans le nouvel Etat libre de Ghana).
De 1734 à 1750, le monopole espagnol chancelle, la traite s’universalise de plus en plus. L’Europe entière y participe.
L’Angleterre tente d’intercepter la traite des noirs source de richesse pour l’Espagne ou pour ses alliés. Elle la pratique pour son propre compte, et la favorise chez les ennemis de l’Espagne.
Bardés de bonne conscience, les traitants qui << évangélisent par le voyage >> voient peu le noir car leurs commis et leurs marins sont chargés du contact.
Quelques traitants en France ont comme noms : Häentjens, Mosneron du Pin, Levesque, Roy, Fouché Duc d’Otrante, Daniel de Kervegan, Tiercelin, Drouin, Salleron et Van Neunen, Viot, Grou… Armateurs nantais parmi les principaux, tous notables ou anoblis par cette fructueuse activité qui bénéficie d’une large subvention gouvernementale, ils voient rapidement la nécessité de créer des sociétés où Beaumarchais et bien d’autres, tel Voltaire, ne craignent pas de prendre des parts. Ces brasseurs d’affaires vont donner à Nantes un essor aux multiples répercussions. La ville devient le premier port négrier de France, trafic qui conditionne la vie du pays. Il permet les constitutions d’associations et de firmes puissantes et provoque une très importante concentration capitaliste. L’appât du gain alerte de nouvelles reçues. Les armateurs deviennent de nouveaux riches, avides des mille raffinements que permet la fortune. Ils oeuvrent pour la plus juste cause : développer les colonies, christianiser les africains.

L’Angleterre poursuit sa lutte éternelle pour la prépondérance et rétablit la traite, devant des principes religieux, moraux et politiques qui se cherchent : de la malédiction de Cham au message d’amour fraternel du Christ, du girondin Brissot à l’Abbé Grégoire, farouche et victorieux partisan de l’abolitionnisme. Le traitant jusqu’alors travaille en paix avec sa conscience, il saura bientôt qu’il contrevient aux règlements, il saura plus tard qu’il transgresse la morale, mais alors il n’y aura plus de traite : quand sa conscience s’éveillera, l’Ile Feydeau à Nantes chômera. Les clients auront disparu, tués avec les soldats du général Lee à Appomatox (1865) dans la défaite des Sudistes.
De son bureau du quai de la Fosse où il dirige les opérations, le traitant en confie l’exécution à ces capitaines et marins dévoués venant souvent de la marine de guerre : Dam Joulin, Le Breton La Vallée, Garneray, et tant d’autres.
C’est à travers les journaux de bord de ces hommes qu’il faut vivre la traite dans une pénible navigation le long des côtes mal connues avec toutes les difficultés des grands voyages triangulaires :
L’Africain, capitaine Foures, part de Nantes chargé de verroterie, de rasade de traite, d’armes et de fusils qui explosent dans les mains des noirs. Ce chargement va s’échanger au cours d’un long périple africain, contre de noires << pièces d’Inde >> à nouveau troquées aux Antilles, pour de riches épices (vanille, café, coton, sucre…) cargaison de retour sur Nantes…

En résumé :

Xe siècle – L’esclavage de chrétien à chrétien ayant cessé en Europe au XIIe siècle, le servage se substituait à lui depuis le Xe siècle.
1444 – Pour la première fois, le 8 août, un navire du port de Lagos (Portugal) débarque 235 esclaves noirs et les vend dans son pays.
1498 – La bulle du pape Martin V décrète que << la terre appartient au Christ et le Vicaire a le droit de disposer de tout ce qui n’est pas occupé par les chrétiens. Les infidèles ne sauraient être possesseurs d’aucune partie de la terre. >>
1502 – L’Espagne assure par ses propres moyens le transfert des noirs d’Afrique jusqu’à ses territoires du Nouveau Monde. Les cargaisons de nègres ont pour but de remplacer la population indigène caraïbe exterminée par la conquête.
1517 – Devant l’insuffisance de ses propres moyens, Charles Quint qui a le monopole de la flotte espagnole déroge par assiento en faisant une faveur aux Pays-Bas qui ne porte que sur 4.000 têtes.
1539 – A Lisbonne, la vente des nègres atteints 12.000 têtes. Séville devient un entrepôt d’esclaves. A Madère et aux Canaries le trafic se développe.
1641-1648 – 23 163 nègres sont déportés par la Compagnie hollandaise (Compagnie des Indes) d’Elmina (Ghana) sur le Brésil pour 6 714 423 florins (moyennant 14 florins par pièce d’Inde pou l’assiento).
1642 – Louis XIII autorise la traite des Noirs.
1685 – Le Code noir de Colbert définit la condition juridique des esclaves.
1751 – En Amérique du Nord, les Quakers renoncent pour tous les membres de leurs sectes à toute espèce de droits sur leurs esclaves.
1774 – C’est le règne de Louis XVI. A Versailles on continue à penser que l’esclavage nègre reste seul pour résoudre le problème de la main-d’oeuvre coloniale.
1787 – Suivant un rapport présenté au ministère anglais, la traite atteint annuellement 100.000 nègres, ainsi répartis entre les divers pavillons : Angleterre, 38.000; France, 31.000; Portugal, 25.000; Hollande, 4.000; Danemark, 2.000.
1788 – Création à Paris de la << Société des amis des Noirs >>.
1789 (1511-1789) – On estime de 40 à 50 millions le nombre d’individus déplacés par la traite de 1511 à 1789.
1793 – Abolition de l’esclavage à Saint-Domingue.
1794 (4 février) – La Convention abolit l’esclavage dans les colonies ( En Guadeloupe il ne reste ni esclaves, ni békés. Les esclaves on été affranchis, les békés guillotinés). Cependant, l’esclavage reste maintenu jusqu’à l’hiver afin de d’assurer la récolte de la canne à sucre).
1802 (10 mai) – Bonaparte rétablit l’esclavage en Guadeloupe;
Toussaint-Louverture est déporté dans le Jura.
1807 – Abolition de la traite aux Etats-Unis.
1814 – Le traité de Paris rend la Guyane, la Réunion, la Martinique et la Guadeloupe à la France, après l’occupation anglaise.
1815 – Interdiction de la traite des Noirs en France.
1833 – L’Angleterre abolit l’esclavage.
1848 (Février) – Avènement de la IIe République en France.
1848 (4 avril) – La commission Schoelcher prépare l’abolition.
1848 (27 avril) – Décret d’abolition.
1848 (22 mai) – Révolte des esclaves à Saint-Pierre de la Martinique.
1848 (23 mai) – Abolition en Martinique.
1848 (27 mai) – Abolition en Guadeloupe.
1862 – Abolition dans les colonies hollandaises.
1887 – Abolition au Brésil.

Victor Bissengué
(© Copy Rights Droits réservés – 27/04/1998) .


Le fleuve Sénégal est-il le fleuve Niger?
Gaspard Théodore Mollien dans son Voyage dans l’intérieur de l’Afrique aux sources du Sénégal et de la Gambie, 1818, raconte les faits:

<<Longtemps avant que les Français se fussent établis au Sénégal, les Anglais avaient dirigé leur attention vers la Gambie. Plusieurs de leurs voyageurs, dont les relations ont été conservées par Hakluyt et par Purchas, enfin Jobson en 1623, Moore en 1738, Smith en 1744, Lindsay en 1757, Matthews en 1788, décrivirent la partie du continent africain comprise entre les limites indiquées plus haut…
La plupart des voyageurs donnaient au Sénégal le nom de Niger, le faisaient venir de très loin dans l’intérieur, plaçaient, suivant l’usage, sa source dans un lac, et regardaient la Gambie comme un de ses bras. Les Géographes européens, trompés par l’identité de nom, confondaient sur leurs cartes et dans leurs livres le Sénégal avec le Niger des anciens, qui arrose l’intérieur de l’Afrique…
Les voyageurs avaient appelé le Sénégal Niger, parce qu’une partie des Nègres qui habitent les contrées donnent le nom de Bâ-Fing, fleuve noir. Il est probable qu’ayant demandé à ces Africains la signification de ce nom, ils en furent frappés, et crurent avoir sous les yeux le Niger des Anciens. On supposa que ceux-ci s’étaient trompés en faisant couler ce fleuve de l’ouest à l’est, et on se livra à aucune recherche approfondie pour découvrir la cause de l’erreur qu’on leur attribuait, on continua, dans beaucoup de livres et de cartes, de suivre l’idée contraire.
C’est Mungo-Park dans son voyage en 1795 qui eut à découvrir le véritable Niger des anciens; il vit ce fleuve, nommé Dialli-Bâ par les nègres, couler d’ouest à l’est. Après en avoir suivi les rives pendant quelques temps, il revint en Europe rendre compte du succès de son voyage.>>
(Dialli-Bâ: signifie grande eau ou grand fleuve, et non pas fleuve noir ou rivière noire) .

 



Patrimoine
Le patrimoine culturel
est toute richesse reçue des générations antérieures, des ancêtres, de la tradition, et qu’il faut transmettre, plus développée encore, aux générations futures. Un patrimoine culturel est un legs historique qui doit être réactualisé, rendu actif, vivant, parlant, en tant qu’héritage assumé, par une communauté qui en a pris conscience comme héritière. Un patrimoine culturel s’assume, avec critique. Les racines vivaces d’un peuple s’enfoncent toujours dans un patrimoine culturel ancestral. Un patrimoine culturel se partage aussi, avec le reste du monde. Le patrimoine culturel de l’humanité est constitué par tous ces patrimoines locaux, régionaux. De tels patrimoines « situés » favorisent et facilitent les relations humaines interculturelles. (1)

1 – Théophile Obenga: Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphynx, p. 375 (Patrimoine culturel), Khepera, Présence Africaine, 1996

Pagnes et paroles
En Afrique occidentale et centrale,
le tissu-pagne se présente comme un phénomène social à part entière. En dehors de sa fonction vestimentaire, le pagne a une valeur culturelle et associe étroitement un aspect esthétique à un de communication sociale. Le tissu est source d’inspiration littéraire, dont témoignent « paroles tissées… paroles sculptées » (Cahiers de Littérature Orale), « Le pagne noir » de Bernard B. Dadié, « Les pagnes » de Werewere Liking… Le tissage, la vêture, donnent en effet lieu à des proverbes et à une littérature orale. Il est aussi source d’inspiration plastique (teinture, peinture, sérigraphie). Des méthodes ancestrales de fabrication existent encore. C’est le cas du bogolan à base de fibres de coton, de teintures végétales et minérales, dans l’ouest africain, au Mali particulièrement. Par ce procédé sont produits des vêtements, des trousseaux qui expriment l’insertion de l’individu dans sa communauté. Les pagnes reçoivent des noms qui peuvent être de simples mots ou des énoncés (sentences, proverbes, injures). A travers ces désignations, se nouent, sans recourir à la parole, des échanges entre époux d’une part, et co-épouses d’autre part, et sont évoqués des positions sociales et des attributs magiques. (Quelques exemples: Si tu sors, je sors. Ton pied mon pied. Mon mari est capable. Maîtresse, laisse-moi mon mari. Six bougies. L’escadrille. La main. Cauris. Disque. Ventilateur. L’ordinateur…)


Pygmées, Maîtres du temps
<<Nous autres, les Akwa, nous autres, nous sommes petits, petits, nous sommes petits entre les petits. Mais nous sommes les « Hommes », les maîtres du temps, les maîtres de la terre, les maîtres de tout. Ceux qui ne veulent pas croire, que Tox les écrase et leur ferme les portes du Dan>>. R.P. Trilles, Les Pygmées de la forêt équatoriale, 1932, 25

Une photo de la rencontre à Paris dans leur chambre d’hôtel (à l’occasion d’une tournée en Europe, 1997) *

Les Pygmées ont longtemps hanté les esprits, subjugué les spécialistes et les populations qui se différencient. Pour certains, il s’agirait d’êtres imaginaires ou surnaturels, d’animaux, de nains, d’autres encore nient leur existence. Pourtant, ce sont bien des hommes dotés de toutes les capacités qui les élèvent, comme tout autre, au-dessus de l’animal, et les connaissances dont ils font preuve notamment dans les domaines de la biomédecine, de la zoologie, de la cosmogonie, les placent parmi les experts.
L’existence des Pygmées est attestée depuis l’Antiquité. Pour les Egyptiens, ils n’étaient pas des figures légendaires, mais bien des petits hommes qu’ils représentaient sur les bas-reliefs. D’un autre côté, ils faisaient la différence entre les nains pathologiques, brachymorphes et les Pygmées.
Un témoignage éclairant sur les Pygmées existe, et date de 2400 ans environ A.C. Pourtant, il a fallu quarante siècles pour que des données soient portées à la connaissance du public – ce qu’on peut lire encore aujourd’hui dans le texte gravé sur la tombe de Hirkhouf, prince d’Eléphantine (Assouan) – Mérenré 1er, qui avait commandité quatre expéditions placées sous la direction de Hirkhouf, mourut avant la fin de la dernière, menée plus au sud de la Nubie. Le jeune Néferkaré, connu aussi sous le nom de Pépi II, reçut le message de Hirkhouf et répondit aussitôt. C’est avec allégresse et force recommandations que le jeune pharaon demanda à Hirkhouf de faire venir le Pygmée, cet hôte extraordinaire, le <<danseur de Dieu>>, à la cour royale de Memphis.
De retour de l’expédition vers le <<Pays des arbres, le Pays des esprits>>, Hirkhouf ramena un Pygmée qu’il présenta alors à Pépi II, le nouveau pharaon de l’Ancien-Empire, ce qui lui valut beaucoup de récompenses et de faveurs.
* (une publication sur la question des Pygmées – (c)Victor Bissengué)