« Tempête sur Bangui »: chronique en dessins du chaos centrafricain

D’une très grande fidélité factuelle, et d’une belle facture artistique, « Tempête sur Bangui », qui vient de paraître, retrace la dévastatrice marche de la rébellion à dominante musulmane venue du nord pour s’emparer de Bangui, l’écroulement de l’armée centrafricaine et la sauvage domination de la Séléka, qui chasse en mars 2013 le président François Bozizé avant de terroriser les civils, à coup de pillages, viols et meurtres.

L’ouvrage est né en 18 mois, jour après jour, difficulté après difficulté pour l’auteur constamment exposé avec sa famille aux violences qui explosent dans son quartier, Gobongo, du nord de la capitale.

« je ne dessinais jamais dehors »

« Je tenais un carnet de route où je notais les événements. Mais je ne dessinais jamais dehors, c’était trop dangereux, j’attendais de rentrer à la maison », explique l’auteur à la terrasse d’un café d’une capitale maintenant plutôt tranquille, à la veille d’une présidentielle censée en finir avec trois années de grande tourmente.

A l’arrivée de la Séléka, le dessinateur travaillait pour une agence de communication mais l’agence ne peut poursuivre ses activités. Il se retrouve sans emploi avec quatre enfants à nourrir. « Et commencent des nuits blanches, à chasser des cafards »: Didier Kassai se représente en teintes blafardes, l’air hagard, à ne pouvoir fermer l’oeil de la nuit.

La terrible crise centrafricaine sera une période très dure pour lui mais aussi le moment où l’artiste trouve la force, comme un exutoire à l’horreur, de chroniquer sa vie et celle de ses compatriotes. « Je prenais les infos dans la rue, à travers la radio, je notais jour après jour. Ce n’était pas facile, mais je n’avais pas le choix: le dessin, j’en ai besoin pour respirer ». Le soir, il n’ose allumer la lumière, de peur de s’exposer aux agresseurs qui rodent dans les quartiers, et travaille à la lueur de son téléphone portable.

     Une maison d’édition française, « La boite à bulles », lui fait confiance, lui « envoie un peu d’argent, un peu de matériel » et il entame ses première planches, qu’il colorise à l’aquarelle. Mais son quartier, Gobongo, dans le nord de Bangui, est aussi un fief des milices chrétiennes anti-balaka formées pour combattre la Séléka.

Un jour de décembre 2013, un convoi de soldats tchadiens de la force africaine d’interposition, souvent considérés comme des soutiens de la Séléka, est attaqué à Gobongo par des anti-balaka. Un soldat est tué et la réponse des Tchadiens est terrible.Atelier incendié

« Ils tiraient, brûlaient les maisons pour rechercher les miliciens. La mienne a pris feu, et j’ai perdu les 50 premières planches de mon album. »

Maison et atelier incendiés, le dessinateur part travailler à l’Alliance Française qui l’accueille dans un petit local. Et il recommence à dessiner et écrire les premières planches incendiées de sa BD, qui paraît en France en octobre. Mais « Tempête sur Bangui » n’est pas disponible en Centrafrique, qui ne compte aucune librairie. D’important frais d’envoi, de lourdes taxes d’importation découragent l’éditeur.

Qu’importe, Didier Kassai, dont le trait « est influencé par l’école franco-belge de la BD », a déjà entamé le deuxième tome, qui débute avec l’arrivée de la force française Sangaris en décembre 2013, venue mettre un terme aux exactions de la Séléka en la chassant du pouvoir.

Les trois antilopes

Autrefois, il y avait moins de gibier qu’aujourd’hui. Les antilopes surtout étaient peu nombreuses. En fait, leur troupeau se résumait à deux femelles, si bien que les antilopes ne pouvaient pas se reproduire. Très malheureuses, les femelles n’arrêtaient pas de se plaindre, mais personne ne savait les conseiller ni les aider.
Ces plaintes incessantes agaçaient prodigieusement l’Esprit des Eaux, qui habitait la fontaine à laquelle les antilopes venaient s’abreuver. Exaspéré, il leur dit :
« Je suis las de vos lamentations. Je vous promets de transformer en antilope mâle le premier animal qui viendra boire à ma fontaine. Ainsi, vous serez trois.  »
Heureuses, les antilopes se dissimulèrent dans les buissons pour guetter leur futur compagnon.
Voilà qu’un homme suivi de son fils arriva à la fontaine, et nos antilopes recommencèrent à se plaindre :
« Nous ne voulons pas d’homme !  »
L’homme dressa l’oreille :
 » Quelles sont ces voix ?  »
Mais le jeune homme, assoiffé, but à la fontaine sans plus attendre. Aussitôt, il se transforma en antilope sous le regard médusé de son père. Celui-ci comprit, cependant, ce qui venait d’arriver. Il soupira :
 » Hélas, mon fils ! Si tu rencontres les hommes, enfuis-toi. Si tu croises les éléphants, sauve-toi. Mais si tu aperçois les antilopes, joins-toi à elles.  »
Sur ces paroles, il s’en alla. Nos deux antilopes voulurent s’enfuir, mais le nouveau venu les rattrapa. Une nouvelle vie commença. Bientôt, les deux femelles eurent des petits, et le premier troupeau se forma. Depuis ce temps, les antilopes se multiplièrent au point qu’aujourd’hui nul ne saurait les compter.